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La
couleur
Parler de la couleur, c'est avant tout parler de la lumière.
Sa qualité, son intensité fait varier les couleurs.
Les Impressionnistes et les Pointillistes en juxtaposant de petites
touches de couleurs, abandonnant ainsi le mélange sur la
palette, obtinrent une lumière remarquable. Ils utilisèrent
cette technique du mélange optique pour créer des
effets spectaculaires dans des œuvres très lumineuses.
Le spectre solaire se compose de trois couleurs dites primaires
: le bleu, le rouge, le jaune et de trois couleurs dites complémentaires
: le vert, le violet, l'orange.
Les couleurs complémentaires s'exaltent par juxtaposition,
mais se détruisent par leur mélange.
Le bleu exalte l'orange. Le jaune exalte le violet. Le rouge exalte
le vert et réciproquement.
La qualité d'une couleur, son intensité provient
de celles qui l'entourent.
"Quand la couleur est à saturation, la forme est à
sa plénitude" (Cézanne). C'est à dire
lorsque la couleur a atteint son degré de pureté,
la forme est entièrement à sa place. Coloriste avant
tout, Cézanne privilégiait la couleur par rapport
à la forme. Il a su compenser ses faiblesses en dessin
par ses très grandes qualités de coloriste.
L'on reconnaît un vrai coloriste autant au tonus de ses
couleurs vives qu'à la manière dont il manie ses
gris. On se lasse vite de l'abus des couleurs trop fortes, les
effets provenant d'harmonies discrètes sont plus attachants.
La matière
La grande peinture est lisse, c'est à dire sans épaisseur
sur une toile ou un panneau bien préparés. Ainsi
telle la Joconde elle résiste à l'usure du temps.
La peinture entièrement au couteau à palette, faite
d'empâtements, d'épaisseurs, de reliefs est un art
mineur. Ces effets sont souvent dus au hasard. Cette peinture
vieillit mal pour cause de craquelures.
Toutefois la règle est de glacer les ombres et d'empâter
les lumières pour accentuer le relief. Une touche épaisse
placée au couteau à palette permet d'accentuer une
lumière. Un des secrets de la luminosité consiste
à ne jamais revenir sur une touche de lumière Elle
doit être posée franchement d'un seul coup. Si elle
n'est pas juste, le peintre doit l'effacer et recommencer. Si
l'on revient dessus elle perd son éclat, sa fraîcheur
d'exécution.
L'harmonie
"L'art, c'est l'harmonie" (Georges Pierre Seurat)
Si l'on cherchait un emblème à la peinture, nous
pourrions prendre celui de la balance. Toute sa vie l'artiste
est tiraillé entre ses doutes et ses certitudes. Une des
constantes de l'art est cette recherche de l'équilibre.
C'est la loi des contraires, des oppositions qui s'attirent, s'équilibrent
ou se rejettent et se contrarient. C'est le yin et le yang des
Chinois. Une droite appelle une courbe, une lumière, une
ombre, un ton chaud, un ton froid…
Ce sont les modulations, les contrastes, les zones d'ombres contre
les zones éclairées qui donneront au tableau sa
musicalité, son rythme, sa résonance, sa sonorité.
"L'écho répond à l'écho, tout
se répercute" (Braque). L'harmonie d'un tableau dépend
du jeu sensible des lumières, habilement distribuées,
dosées, réparties entre les zones d'ombres et de
repos. Ce que nous appelons le chemin de la lumière qui
part du point le plus lumineux et se termine dans les parties
les plus foncées. L'artiste détermine les harmonies
les plus justes, plus elles sont sensibles, plus elles font la
qualité, la distinction d'un tableau.
La sensibilité
La valeur d'un peintre se reconnaît à la façon
sensible qu'il a de recevoir et de transmettre ses sensations,
ses sentiments. La sensibilité provient d'un cœur
tendre au service d'un esprit fin. Ne pas confondre sensibilité
et sensiblerie. L'artiste tout en montrant sa force, sa fermeté
doit en même temps montrer sa sensibilité, sa délicatesse,
la finesse de son œil, sans jamais être mièvre.
Le sujet
Le sujet, c'est le mobile, le motif, la source d'inspiration.
Au choix du sujet, on juge l'artiste. Tous les sujets sont bons
à condition qu'ils soient traités de manière
simple et sincère.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. L'art
des grands peintres est d'être direct, simple et clair.
Méfions-nous des sujets compliqués, confus, embrouillés,
incompréhensibles qui doivent être livrés
avec un mode d'emploi, tel un rébus.
"Plus les lignes et les formes sont simples, plus il y a
de beauté et de force" (Ingres).
Les sujets les plus simples sont les plus recherchés. Une
maison, un arbre, de l'eau, un personnage avec ses seuls éléments
Corot, Monet, Sisley ont fait des chefs-d'œuvre. L'art du
peintre est donc d'animer son tableau, d'augmenter, de renforcer
un effet, un volume , un contraste ou au contraire de tempérer,
de diminuer, de supprimer certains détails pour aller à
l'essentiel.
Les qualités décoratives
La mission d'un tableau est d'être décoratif, il
doit orner, décorer notre maison, mais aussi nous apporter
des joies plus profondes. Ne confondons pas peinture et art déco.
L'art décoratif est un art mineur aux qualités extérieures
par rapport à l'art pictural aux qualités plus profondes.
Ne recherchons pas le joli, mais le beau. Les grands peintres
sont de grands décorateurs qui savent parler à notre
esprit et à notre cœur. On peut être sensible
à une fresque, à un joli décor, mais cela
ne représentera jamais ce que l'on peut retrouver dans
une peinture à l'huile.
Le rêve, la poésie
Si le tableau doit charmer notre curiosité intellectuelle,
il doit aussi parler à notre cœur et bercer nos rêves
d'évasion. Les grandes œuvres sont limpides, parlent
de suite au spectateur, le tableau nous délivre son message,
qui peut être une image de joie de vivre, de bonheur.
Dans la période tourmentée que nous vivons, tout
ce qui touche, émeut et charme simplement est considéré
comme puéril, ridicule, démodé.
Peu importe ce que certains disent, retrouvons les vraies valeurs
et écoutons le chant des sirènes.
"La peinture est la poésie de la vue" (James
Whistler)
Les
faux artistes
Que penser de la sincérité de tous ces artistes
prétentieux, sans génie, sans imagination, sans
humour, sans connaissance artistique ou à la mémoire
défaillante qui reprennent à leur compte ce qui
a été crée avant eux avec plus de talent.
Ces artistes plasticiens, qui recherchent le scandale et présentent
à grand renfort de publicité, des tableaux-sculptures
à base de coulures, de bavures, de barbouillages, d'affiches
maculées, d'images obscènes ou morbides, de corps
sanguinolents, d'objets innommables, d'assemblages hétéroclites,
de détritus, d'excréments, etc...
Ces prétendus artistes qui prennent un objet pour le détruire,
sans rien apporter de nouveau à tous ces objets de rebut
promus oeuvres d'art.
Ces mêmes artistes devenus chefs d'équipe, chefs
d'entreprise dont le seul pouvoir de création réside
dans une "idée" qu'ils font exécuter dans
des ateliers. Une simple esquisse, un dessin , donnée à
des praticiens qui vont peindre, reproduire à l'aide de
procédés ou "sculpter" en argile, en bronze
ou en résine, une "oeuvre originale" tirée
à de nombreux exemplaires que le "maître"
n'aura plus qu'à signer et que des "gogos" achèteront.
Qui devons-nous féliciter le maître ou ces artisans
d'art qui ont fait tout le travail ?
Les faux artistes "se singent" les uns les autres.
L'art n'a jamais été une industrie. C'est le principe
du concept : l'art de faire de l'argent et de plagier.
L'art n'est ni une farce, ni une marchandise.
Rappelons-nous les véritables créations de Malevitch,
de Kandinsky, de Schiele, de Mondrian, les recherches de Picasso,
de Braque, de Matisse, les provocations et l'humour de Duchamp
et tant d'autres qui ont apporté une véritable oeuvre
novatrice, bien qu'elle reste encore souvent décriée.
Rembrandt, Rubens, entre autres grands maîtres, avaient
des élèves qui exécutaient des tableaux ou
des répliques à partir d'études, de dessins,
sous le contrôle permanent du maître qui le plus souvent
gardait une part très active dans l'exécution de
ses œuvres pour éviter toute contestation.
Depuis quelques décennies, le diable est entré dans
l'art, on nous présente des visions de cauchemars où
le conscient et l'inconscient rivalisent de brutalité,
c'est une descente aux enfers. C'est l'art cruel qui témoigne
du malaise, de l'attitude négative, de l'insatisfaction,
de l'impuissance de nos artistes face au monde moderne.
"La principale raison de la lugubre décadence où
est tombée aujourd'hui la peinture est qu'elle n'a plus
rien à dire. C'est le morne spectacle de la bêtise,
de l'ignorance et de la maladresse mises au service de la laideur,
quand ce n'est pas de la folie" (Paul Claudel)
Vers
des réalités nouvelles
De nos jours, tout est remis en question. Ce qui était
admiré, se trouve dédaigné, voir rejeté.
En vertu de cette théorie, aucun savoir n'est indispensable
à la création artistique. L'art sans enseignement,
sans références, c'est le nihilisme, le néant.
Toute une génération de "nombrilistes",
influencés ou non par des personnes sans scrupules, se
prétendent créateurs et prennent à la lettre
la boutade de Picasso "Je ne cherche pas, je trouve".
Nous sommes blasés par ces fausses audaces.
Se
moquer du public, c'est aller à terme à son indifférence,
à sa désaffection. Peu à peu, les amateurs
d'art désertent les galeries, les expositions, les salles
des ventes. Seules les grandes expositions d'artistes consacrés
présentés dans des Musées ou les plus importantes
manifestations internationales d'antiquaires gardent la faveur
du public. A condition toutefois, d'y
apporter des thèmes originaux ou des oeuvres inédites.
Pendant
trente siècles, l'art était le reflet d'une esthétique,
la recherche de la beauté sous toutes ses formes. Nous
restons attachés à nos racines culturelles, rien
ne nous oblige à aimer l'art d'aujourd'hui, mais quel plaisir
de rencontrer de vrais artistes. Nous pouvons aimer l'art sous
toutes ses formes.
L'éclectisme
n'est pas l'acceptation irraisonnée d'un ensemble de peintres
d'époques différentes. Il permet au contraire de
faire un choix, de discerner le meilleur chez des artistes très
différents et de laisser de côté leurs insuffisances
et leurs excès. C'est introduire la cohésion dans
la dispersion.
Dans notre société en pleine mutation technologique,
les collectionneurs avisés aiment retrouver les vraies
valeurs qui se perpétuent dans le temps. La peinture est
un langage irremplaçable, de nouveaux artistes dans d'autres
domaines nous séduiront.
Nous n'avons pas parlé des artistes vivants, nous ne les
rejetons pas, surtout s'ils sont sincères, simplement ils
ne sont pas encore entrés dans la véritable histoire
de l'art. Certains ont profité de la mode, de l'air du
temps, du "Zeitgeist", mais combien résisteront
à l'épreuve du temps ?
"La modernité, c'est le transitoire, le fugitif"
(Baudelaire)
Les grands artistes ont su unir le fugitif au permanent.
"Le
coup de coeur"
Méfions-nous des décisions hâtives,
irréfléchies.
Pourquoi dit-on j'aime ce tableau, je n'aime pas celui- là
?
Voilà un des mystères de la peinture qui échappe
à l'analyse et aux règles dont nous avons parlé.
On peut s'emballer, aimer un tableau qui présente des défauts
et au contraire rejeter un tableau qui présente plus de
qualités. En art rien n'est parfait, ce qui compte c'est
le plaisir que l'on ressent, qui touche au cœur et à
l'esprit.
Au premier coup d'œil, vous pouvez ressentir une impulsion,
une sympathie qui vous poussent vers un tableau plutôt que
vers un autre. Ce tableau a toutes les chances d'être réussi
puisqu'il vous a attiré. Engagez le dialogue avec lui,
voyez s'il répond à vos goûts, à vos
aspirations, s'il peut faire partie de votre décor de tous
les jours, si vous avez envie de vivre longtemps avec lui.
Si l'impulsion est très forte, n'hésitez pas, achetez-le,
pensez que cette oeuvre originale, unique risque de ne plus jamais
être entre vos mains. Le risque de cet "achat au coup
de coeur" sera d'autant moins important que vous aurez appris
à exercer votre œil et que vous aurez énuméré,
en toute tranquillité, les différentes qualités
que vous aurez trouvé dans votre tableau.
Cette
conférence est le début d'un ensemble de conseils
et de réflexions sur notre monde de l'art. Elle nous concerne
tous. Vos idées, vos critiques seront les bienvenues.
Notre minorité agissante, en toute modestie, entend apporter
un message d'espoir pour régénérer l'art.
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