
Georges Pierre Seurat
(1859-1891)
Nous
allons parcourir sa vie et son oeuvre depuis ses premiers dessins,
ses peintures impressionnistes jusqu'à ses recherches qui
l'ont conduit à créer le Pointillisme.
Sa
vie fut brève, il est mort à 31 ans.
Par un travail acharné, en quelques années, il a
produit des chefs d'oeuvres qui ont fait de lui un de nos plus
grands peintres, malheureusement longtemps méconnu.
Seurat
est né dans une période charnière de la peinture,
après les débuts de l'impressionnisme et avant les
grands mouvements du 20 ème siècle.
Une génération le séparait de Paul Cezanne,
Claude Monet, Pierre Auguste Renoir, Edouard Manet, Camille Pissarro,
Edgard Degas. Il
est né 10 ans après Paul Gauguin. Il était
presque du même age que Vincent Van Gogh, Paul Signac, Henri
de Toulouse Lautrec.
Sa
famille, ses années d'études
Georges Pierre Seurat est né le 2 décembre 1859
à Paris dans une famille aisée. Son père
Antoine Seurat était huissier de justice auprès
du Tribunal de la Seine. Sa mère Ernestine Faivre s'est
consacrée à l'éducation de Georges Pierre
Seurat et de ses deux ainés Emile et Marie Berthe.
Georges pierre Seurat commence à dessiner à l'age
de 7 ans. C'est un élève sérieux et appliqué.
A 14 ans, son oncle Paul Haumonté, peintre amateur lui-même,
l'encourage et l'inscrit à l'école municipale de
dessin. A 16 ans, il commence à peindre et lit des
ouvrages théoriques sur la peinture. A 18 ans, il est admis
à l'école des Beaux Arts de Paris. Il suit les cours
du Professeur Henri Lehman, élève d'Ingres. Il dessine
des moulages d'oeuvres antiques, il copie des peintures de Maîtres
Italiens de la Renaissance. En 1879, il visite la 4ème
exposition impressionniste, avenue de l'Opera. Très frappé
par la nouveauté des peintures de Camille Pissarro, d'Edgard
Degas, de Claude Monet, il décide de travailler dans leur
style. Il quitte l'école des Beaux Arts et l'art académique
qui ne l'intéressent plus. Il continue seul ses recherches
dans un atelier qu'il partage avec ses amis Aman-Jean et Ernest
Laurent.
A 20 ans, Seurat part faire son service militaire avec Brest en
Bretagne. ll y restera 1 an. En 1880, il rentre à Paris
et loue un atelier, rue de Chabrol, près de ses parents. Sa
vie de peintre commence. Il est devenu un homme, il ressemble
aux personnages de ses tableaux "à ses figures élancées,
calmes et raides". Son visage barbu, ses yeux grands
et profonds, ses cheveux qui frisent au dessus d'un front haut
et bien dégagé le font ressembler au "Saint
Georges de Donatello" comme dira son ami Aman-Jean.
Dans
les réunions au café de la "Nouvelle Athènes"
avec ses amis peintres, Edgard Degas le surnommera "le notaire" avec
sa tenue noire et son chapeau haut de forme.
Vivant modestement, de santé fragile à la fois timide
et tenace, replié sur lui-même, taciturne, il parle
peu. Sauf s'il doit affirmer ses convictions profondes "défendre
ses idées, sa méthode". C'est un homme de sont
temps, passionné par le progrès et la science. Les
savants du 19 ème siècle ne cessent d'inventer,
jamais la connaissance n'a progressé si vite dans tous
les domaines. De grands travaux sont mis en chantier. Paris se
transforme, la percée des grands boulevards, la construction
de la Tour Eiffel. Paris est considéré alors comme
la plus belle ville du monde avec son architecture grandiose,
ses élégantes, ses jolis magasins, sa mode renommée
et l'animation de sa vie nocturne. C'est la "Belle époque",
qui cache la grande misère des travailleurs pendant cette
révolution industrielle. Seurat suit en spectateur attentif,
sans y participer les plaisirs de la vie parisienne.
L'art
du dessin
Il fut durant 3 ans "un jeune homme fou de dessin",
nous dit son ami Gustave Kahn, paraphrasant ce que le japonais
Hokusai disait de lui-même "un vieillard fou de dessin"".
Il mène aussi loin que possible l'étude sur le blanc
et le noir, ainsi que sur les contrastes de tons. Il abandonne
le tracé linéaire à la manière d'Ingres
et adopte une technique opposée, celle du clair-obscur,
du modelé. Cette technique lui convient si parfaitement
que grâce à elle il exécute des oeuvres d'une
beauté surprenante.
En se servant du crayon Conté, gras et tendre, sur un papier
Ingres à gros grain, de la marque Michallet, il traduit
les dégradés de l'ombre et de la lumière. Cette
lumière est en réalité le blanc qui perce
entre les coups de crayon.
Seurat va à l'essentiel, il élimine les détails.
Il exprime la réalité, mais la transforme en une
image intemporelle. Les personnages non délimités
par un contour existent essentiellement dans leur volume. Ils
sont tout à la fois précis et énigmatiques,
proches et lointains. Ses personnages ne sont pas immobiles, mais
immobilisés. Il se dégage de ces gestes suspendus
une troublante et envoutante poésie. Ces "dessins
de peintre" sont comme des tableaux en noir et blanc. Non
seulement, l'on pourait peindre d'après eux sans revoir
le modèle, mais encore, ils apparaissent plus colorés
que certaines peintures. Ce qui fera dire à Paul signac,
son ami et ardent défenseur "ce sont les plus beaux
dessins de peintre qui aient jamais exité".
Ses
premières recherches
Seurat est persuadé qu'il existe une science de l'Art ,
dont il découvrira les lois dans l'optique et la chimie
des couleurs, autant que dans l'exemple des Maîtres anciens.
Son esprit est à la fois, artiste et scientifique dans
la lignée de Léonard de Vinci, Vermeer. Deux
livres vont jouer un rôle important dans sa vie. "La
grammaire des Arts du dessin" de Charles Blanc qui écrit
"la couleur soumise à des règles peut être
enseignée comme la musique" et qui formule une théorie
du mélange optique selon laquelle "les touches isolées
de couleurs pures, posées directement sur la toile, reconstituent
pour l'oeil, des tons plus lumineux et plus vibrants, que si le
mélange de couleurs avait été fait préalablement
sur la palette".
Un autre livre important pour son oeuvre future "La loi du
contraste simultané des couleurs" de Chevreul. Lois
qui peuvent paraître complexes, mais qui sont en réalité
toutes simples. Tris des couleurs de l'arc en ciel, qualifiées
de "primaires" le bleu, le rouge, le jaune, servent
par mélange à produire les autres qualifiées
de "binaires". Le bleu et le rouge donnent le violet.
Le bleu et le jaune donnent le vert. Le jaune et le rouge donnent
l'orangé. La couleur primaire qui n'entre pas dans la composition
d'une couleur binaire est sa complémentaire. Ainsi, le
jaune est la complémentaire du violet, le rouge celle du
vert, le bleu celle de l'orangé et vice et versa. Pourquoi
cette appelation de complémentaire ? Car toute couleur
est entourée de sa complémentaire. Par exemple :
une tache jaune sur un fond blanc est entouré d'un halo
de violet. Deux couleurs misent l'une à côté
de l'autre s'exaltent. Un jaune et un violet. Un rouge et un vert.
Un bleu et un orangé. En revanche, elles deviennent ternes
si on les mélange. Par exemple : un rouge mélangé
au vert devient grisatre. Une couleur n'existe pas en tant que
telle, elle existe par rapport aux couleurs qui l'entourent.
Ces livres ouvrent à Seurat des perspectives infinies sur
ses recherches de "la touche divisée". Par ailleurs,
Seurat a recopié le cercle chromatique du Professeur Ogden
Rood, dont le schéma en forme d'étoiles indique
les contrastes de couleurs. Seurat trouve sa célèbre
formule :
"l'Art c'est l'harmonie".
L'harmonie du rapport entre les contrastes, l'harmonie du rapport
entre les dégradés, les tons, les teintes et les
lignes.
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