
L'expert doit mettre en éveil tous ses sens
pour examiner un tableau. Le rapport
est physique. Le toucher est nécessaire. Il s'établit
une osmose entre l'expert et l'oeuvre d'art. Il
doit savoir sentir et écouter l'objet
qu'il a entre ses mains pour le faire parler,
dépasser sa connaissance théorique qui est nécessaire,
mais pas suffisante. Son oeil pointu, affiné, entre
dans le tableau. Son regard pénétre et analyse l'oeuvre.
Aucun détail ne peut lui échapper. Il doit savoir
reconnaître la technique picturale, l'écriture, la
touche de l'artiste.
"Celui
qui regarde la toile refait le même chemin que l'artiste".
(Georges Braque)
Un
bon expert est passionné par son art
La meilleure école est celle de la pratique quotidienne.
Ses études, ses recherches, son expérience
sur le même peintre lui permettent de retrouver
dans sa mémoire les élèments déterminants
de l'artiste qu'ils comparent avec l'oeuvre examinée. L'expert
pénétre la personnalité de l'artiste à
travers son oeuvre. Il doit tout connaître de la vie du
peintre, sa famille, son entourage, ses relations, ses lieux d'habitation,
ses voyages, ses expositions, ses marchands, ses collectionneurs
etc... Curieux, il ne cesse d'apprendre et de se perfectionner
afin de continuer ses recherches dans les archives, les publications,
les bibliothèques et les musées en France et à
l'étranger.
L'expert ne peut se fier à sa première impression,
la marge d'erreur est trop grande. Sa certitude doit se forger
sur ses connaissances et sur une analyse méthodique de
la matière. L'expert doit se montrer prudent dans son jugement
et conserver une bonne dose d'humilité.
"Dans le doute, abstiens-toi" dit le proverbe.
L'expert certifiera l'attribution d'une oeuvre d'art que s'il
peut réunir toutes les preuves pour la garantir. Il doit
reconnaître l'artiste "dans son oeuvre".
L'expert
est un homme de l'art et non un scientifique.
Les
instruments de l'expert
Une loupe éclairante pour examiner les détails,
les coups de pinceaux, l'écriture du peintre.
Une lampe forte en lumière rasante ou tangentielle pour
examiner la couche picturale, la finesse des glacis, les aspérités
de la surface, les écaillures, l'état du support.
Une lampe de wood dont la fluorescence d'ultra-violet fait ressortir
les repeints, les lacunes, les signatures contrefaites, les inscriptions
rajoutées.
Les
procédés scientifiques
Si des doutes subsistent pour l'authentification d'une oeuvre,
l'expert doit continuer ses recherches, demander leur avis à
d'autres hommes de l'art ou soumettre le tableau à un laboratoire
pour des analyses scientifiques.
- La microphotographie à l'aide d'une loupe binoculaire
ou d'un microscope agrandit un détail.
- Les rayons infra-rouges, proches de la lumière, mais
invisibles à notre rétine permettent l'analyse des
vernis et des signatures anciennes.
- Les rayons X ou Röntgen pénétrent dans les
couches picturales jusqu'à la préparation du support
et permettent de découvrir une oeuvre dissimulée
sous la couche supérieure.
- L'analyse chimique des pigments pour retrouver les produits
et matériaux utilisés à l'époque de
l'artiste.
- La microsonde électronique de Castaing donne une analyse
ponctuelle par balayage des couches de peinture.
- La datation par le carbone 14 permet d'identifier des faux récents,
moins de 100 ans.
Malgré toutes ces techniques sophistiquées et très
coûteuses, les analyses scientifiques n'apportent pas de
certitude formelle, mais permettent de confirmer ou d'infirmer
un résultat d'analyse.
En
définitive, c'est l'expert qui donne son ultime conviction.
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